Le samedi 6 juin 2026 au Sépey, lors de sa journée de section, l’ASAM Vaud a proposé à ses membres la formation continue «Entre Chiens et Loups».

Portée par l’association OPPAL avec la présence d’Agridea et les agriculteurs et éleveurs de patous Carmen & Jean-Pierre Vittoni, cette formation a permis aux accompagnatrices et accompagnateurs en montagne vaudois d’être mieux informés et sensibilisés aux enjeux liés à la présence de grands carnivores tels que le loup en Suisse et d’adopter les bons comportements en randonnée.

Cette belle journée ensoleillée a réuni 41 participant·es, confirmant l’intérêt des accompagnatrices et accompagnateurs en montagne pour ce sujet très actuel dont on ne peut plus vraiment faire abstraction dans la pratique. Il semble désormais essentiel pour des professionnels d’avoir quelques clés de compréhension sur ce sujet complexe et chargé émotionnellement. La journée est scindée en deux parties, avec deux groupes qui alternent entre une partie dédiée aux chiens de protection avec Agridea et les Vittoni et une autre partie de sensibilisation sur la biologie du loup et le rôle des différents acteurs impliqués avec OPPAL.

Après l’accueil et introduction de la journée à l’Hôtel-Restaurant Le Cerf, Jérémie Moulin le directeur et co-fondateur de l’association OPPAL (Organisation Pour la Protection des Alpages) a présenté à toute l’assemblée les activités de cette jeune association basée à Vevey : programme de surveillance (veille nocturne des troupeaux), programme de sensibilisation et programme scientifique. Cette association à but non lucratif et reconnue d’utilité publique a été fondée en octobre 2020 et se distingue d’autres organisations par une posture scientifique et orientée sur l’action directe, visant à une cohabitation entre grands carnivores et activités humaines.

Jérémie présente quelques données et cartes sur le retour du loup en Suisse, provenant de la fondation KORA responsable du monitoring des grands carnivores (lynx, loup, ours, chacal doré et chat sauvage). Le loup a été éradiqué des Alpes par l’homme mais n’a jamais disparu d’Europe : il s’est retranché dans des massifs sauvages dans les Pyrénées, les Abruzzes, les Balkans et la Scandinavie. Depuis 1982, sa protection complète est inscrite à la Convention de Berne respectée par les États européen. Cette protection combinée a une meilleure gestion et protection des forêts et espaces naturels et à un accroissement des populations de grands herbivores tels que le cerf a conduit à une recolonisation des territoires par les populations de loup retranchées. La dernière décennie et en particulier la période du Covid a vu une augmentation spectaculaire des populations de loup et la constitution de grandes meutes, en particulier la célèbre meute du Marchairuz. Cette période coïncide avec l’augmentation des tensions avec le monde agricole en raison de nombreuses prédations sur les animaux de rente en alpage, et des débats sociétaux qui ont conduit aux « tirs de régulation pro-actifs » motivés par une pression politique plutôt qu’une méthode scientifique. 

En parallèle au retour du loup en Suisse, des mesures de protection sont testées et appliquées. La méthode de protection officielle comprend la réunion du troupeau dans un parc de nuit clôturé et électrifié et, pour les moutons, la protection par des chiens de protection de type patous ou montagne des Abruzzes. Cette situation amène un nouveau défi pour les randonneurs : les sentiers qui traversent des alpages peuvent désormais comporter des chiens de protection dont la fonction est de protéger le troupeau contre toute intrusion et menace. Il est désormais essentiel pour les randonneurs de connaître les bons comportements à adopter au présence de chiens, et d’éviter d’accroitre les tensions avec les éleveurs inutilement dans un contexte déjà difficile. 

François Meyer d’Agridea (centre de conseil indépendant pour l’agriculture et l’agroalimentaire en Suisse) présente l’histoire ancestrale de la relation entre le berger, le mouton et le chien de protection contre les prédateurs tels que les loups et l’application actuelle de cette mesure de protection en Suisse. Les chiens sont formés et pour être reconnus officiellement, doivent passer un examen avec des figurants qui vont tester sa réaction face à un promeneur et sa loyauté envers le troupeau. François nous montre aussi les comportements à adopter et ceux à éviter en randonnée à l’aide de vidéos. Il arrive que des promeneurs mal informés (malgré la présence systématique de panneaux à l’entrée de l’alpage) se mettent dans une situation inconfortable. Il faut absolument s’arrêter dès que le chien aboie et lui laisser le temps d’évaluer la situation. Il ne faut en aucun cas se trouver entre le chien et le troupeau ou au milieu du troupeau. Dans certaines situations, si le troupeau est au milieu du chemin, il faut envisager soit d’attendre, de contourner le troupeau ou de faire demi-tour. Pour éviter les surprises, il convient de s’informer lors de la planification d’une randonnée, tous les alpages officiellement protégés par les chiens étant recensés et consultables en ligne.

Après cette partie plus théorique, le groupe sort pour rencontrer Praline et Tango, deux chiens de protection des Vittoni. Carmen et Jean-Pierre partagent leur longue expérience avec les chiens et quelques clés pour comprendre leurs signaux, et comment y répondre pour baisser la tension. Les chiens sont sensibles au langage corporel et il ne faut en aucun cas vouloir dominer le chien. Au contraire, ici c’est lui qui décide si on peut passer ou non. Il faut dès lors se faire remarquer suffisamment tôt en parlant afin d’éviter qu’il soit surpris au dernier moment, ranger tout objet menaçant de type bâton, enlever chapeau et lunettes de soleil, et lui montrer qu’on ne représente pas une menace : baisser et tourner les épaules, détourner le regards, s’arrêter et laisser la pression redescendre. Lorsque le chien s’arrête d’aboyer et prend une posture détendue, on peut poursuivre tranquillement sans lui tourner le dos. S’il ne se calme pas, il faut encore attendre ou faire demi-tour.

La seconde partie de la journée organisée par l’équipe de sensibilisation d’OPPAL était dédiée aux réactions humains face à la présence du loup et son impact émotionnel. Au fil de plusieurs animations, Loredana et Roxane nous ont montré plusieurs outils permettant d’aborder ce sujet complexe avec le grand public, par exemple un jeu de rôle où chaque participant reçoit une carte indiquant sa fonction (garde faune, randonneur, éleveur…) et nous proposant de débattre et défendre notre fonction dans des situations données. Nous avons également appris les comportements à adopter en cas de rencontre avec un loup, et fait un cercle de parole où chaque personne pouvait exprimé librement son ressenti au sujet de la peur du loup.

La journée s’est conclue avec des participants et intervenants largement satisfaits d’avoir pu apprendre, pratiquer et échanger sur cette thématique. C’était un privilège d’avoir à disposition ce panel d’intervenants partageant leur compétence et expérience. Le soir, après l’AG, l’apéro et le repas, les plus motivés se sont rendus à l’alpage du Lavanchy des Vittoni au-dessus de la Forclaz pour une nuit de bivouac. En cohabitation avec quelques chèvres et mouton ainsi qu’un chien de protection, nous avons eu le privilège de pouvoir tester dans situation similaire à la surveillance d’un alpage les jumelles thermiques d’OPPAL avec l’autorisation nominative de l’inspecteur cantonal de faune, leur usage sans autorisation étant strictement interdit dans leur canton de Vaud. Après avoir bu un café au lac des Chavonnes, nous avons conclu le weekend chez les Vittoni à la Forclaz à écouter leurs histoires d’agriculteurs et déguster leur fameux saucisson de chèvre. 

Lien utiles :
Agridea – Protection des troupeaux et carte : https://www.protectiondestroupeaux.ch/fr/
Carte des régions où des chiens de protection des troupeaux sont en activité : https://www.protectiondestroupeaux.ch/fr/chiens-de-protection-des-troupeaux/tourisme-et-chiens-de-protection-des-troupeaux/carte-des-regions-ou-des-chiens-de-protection-des-troupeaux-sont-en-activite/
OPPAL – devenir bénévole : https://oppal.ch/devenir-benevole
KORA – écologie des carnivores : https://www.kora.ch/fr

Intervenant·es :
Jérémie Moulin, Association OPPAL – Directeur et co-fondateur
Loredana Damiani, Association OPPAL – Responsable du programme de sensibilisation et Responsable administrative
Roxane Raboud, Association OPPAL – Stagiaire
François Meyer, Agridea – Protection des troupeaux
Carmen & Jean-Pierre Vittoni (dit Pépone), Agriculteurs et Éleveurs de chiens de protection à la Forclaz 
Praline, Tango, et Chippie – Chiens de protection des troupeaux (CPT)
La journée a été coordonnée par Loredana Damiani pour OPPAL et Aurèle Pulfer pour l’ASAM Vaud

Article rédigé par Aurèle Pulfer

Retour en images (crédits Anouk Dorogi, Laurent Kern)

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